S'éveiller Archives - Page 2 sur 8 - Chuchotis Marins

S’éveiller

Ces choses que je n’achète plus

Chers petits lecteurs en grosses écharpes : bonjour chez vous.

C’est samedi, le ciel est bas et lourd, et je viens de terminer ma dissertation d’anglais (Le sujet : « Accepteriez-vous de porter une puce électronique dans votre cerveau ? Pensez aux avantages et inconvénients, ainsi qu’aux mauvaises utilisations possibles ». Voilà ce sera tout, merci au revoir)(Pour ma part je préfère ne pas).

Alors voilà, j’ai eu envie de continuer sur ma lancée et me voici devant mon ordinateur à vous écrire ce nouvel article. C’est qu’il me trottait dans la tête depuis un moment, et je me suis dit qu’aujourd’hui était le moment idéal pour qu’il voit le jour. N’allez pas croire que je trouve ce temps tristounet (bon un peu, c’est vrai), mais que voulez-vous, je suis une fille de l’hiver qui sautille aux premiers frimas, et qui par dessus tout aime rester dans son cocon d’automne avec une pile de livres et un gros mug de thé à portée de mains.

Cela fait maintenant quelques années que j’ai débuté cette réflexion sur mon rapport aux objets et à leur consommation, et que je me suis mise à me poser davantage de questions au moment de passer à la caisse. En ai-je vraiment besoin ? Ne puis-je pas le remplacer par un objet similaire que je possède déjà ? Quel est son impact sur l’environnement ? Ou bien : puis-je le fabriquer moi-même ? Aaah, la consomm’action, vaste sujet…

Voici donc quelques objets que j’ai tout simplement arrêté d’acheter, ainsi que leurs alternatives. Cela vous donnera peut-être des idées pour consommer autrement qui sait 😉

 

Les livres

« QU-OII ?!, vous écriez-vous avec un brin de courroux et force indignation (et vous n’aurez pas complètement tort). Comment ose-t-elle ?! Se dire amoureuse des livres et des mots, avec des idées pareilles, et les petites librairies alors, et les auteurs…?

Chacun sait que l’argent dépensé pour les livres n’EXISTE PAS réellement, évidemment, et que ces euros ne sont que poudre de perlimpimpin (?). Et je suis d’accord, bien sûr, mais ce n’est pas l’avis de mes étagères. Enfant puis adolescente j’ai acheté énormément de livres, parce que j’adorais ça, mais un beau jour je n’ai plus eu de place pour les stocker. Par la même occasion je me suis rendue compte que (pratiquement) tous ces livres étaient disponibles à ma bibliothèque municipale, alors j’ai décidé de m’approvisionner dans cette superbe caverne d’Ali baba qui m’était offerte presque gratuitement. Avoir accès à une telle quantité de savoir moyennant un petit abonnement annuel de rien du tout, si ce n’est pas de la magie ça !

Pour autant, bien que ce soit très rare maintenant, il m’arrive quand même de m’offrir un livre : lorsque je ne le trouve pas à la médiathèque, ou qu’il est vraiment très beau, ou que je ressens l’envie de le posséder dans ma bibliothèque comme un petit trésor.

 

Les magazines

Alors là, c’est sans regret que j’ai arrêté de lire ces torchons misogynes qui nous racontent comment perdre rapidement 5 kilos avant l’été, ou bien comment s’habiller pour un dîner avec les collègues de son mari. Là encore, j’ai été assez bon public dans ma jeunesse. Un beau jour j’ai décidé d’arrêter de me polluer l’esprit avec ces cochoncetés (bon, le revers de la médaille c’est que je ne savais pas que Kate Middleton attendait son troisième enfant, mais est-ce vraiment grave ?), et force est de constater je ne m’en porte pas plus mal !

J’ai conscience que c’est un tableau bien noir que je vous brosse, pourtant quelques uns trouvent encore grâce à mes yeux ne vous inquiétez pas ! C’est ainsi que j’aime beaucoup le très cocooning et « slow-life » Simple Things, notamment pour les jolies chroniques de Céline aka Les Mots Ailés. Aussi, l’autre jour quelle ne fût pas ma joie de découvrir que ma médiathèque (encore elle !) était abonnée à Flow magazine ♥

 

Les pâtisseries et autres douceurs industrielles qui te tendent les bras

C’est la chose la plus gratifiante qu’il m’ait été donné d’expérimenter, cuisiner moi-même les douceurs qui me font envie. Découvrir que j’étais capable de réaliser des brioches aussi moelleuses et des pâtisseries aussi bonnes (voir meilleures) que dans le commerce, avec quelques ingrédients bien choisis ! Lorsque je suis devenue végéta*ienne il ne s’agissait plus d’acheter n’importe quoi sans lire les étiquettes, alors je me suis mise à écumer les blogs culinaires et à tester toutes les recettes qui me tombaient sous la main et m’inspiraient.

Je suis très brioche en ce moment, chose qui m’intimidait au plus haut point à mes débuts. Je suis devenue experte en levée de pâte et pétrissage à la main, en essayant presque chaque semaine une nouvelle recette. On essaye toujours de nous faire croire que c’est compliqué, impossible à réaliser chez soi, moins bon. Eh bien sachez-le, c’est FAUX : vous en êtes tout à fait capables ! 

 

Les gels douche ou shampoings « conventionnels »

Ce n’est plus un secret pour personne désormais, les produits de toilette conventionnels (à savoir, non issus de l’agriculture biologique) sont une véritable plaie, un désastre écologique et sanitaire bourrés de perturbateurs endocriniens. Heureusement, il existe plein d’alternatives tout aussi efficaces ! J’essaie de commander le moins possible sur le net et de me contenter des produits basiques que je trouve près de chez moi, ainsi je me fournis principalement en magasins BIO (dentifrice, shampoing, huiles végétales, huiles essentielles…).

Sinon… vous pouvez aussi fabriquer vos propres savons saponifiés à froid ! Il existe pas mal de tutoriels sur internet, j’avais également fait un article il y a trèèèès longtemps.

Voilà, je me rends compte que ça m’a bien changé la vie tous ces petits pas. Et quand j’y pense je réalise que, quand même, j’ai fait de sacré belles économies grâce à tout ça !

Et vous, quels sont les choses que vous avez arrêté d’acheter ? Par quoi les avez-vous remplacées ?

Série : The Handmaid’s Tale (La servante Écarlate)

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler série. Ou plutôt du géniallissime The Handmaid’s Tale, un petit chef d’oeuvre que je viens juste de terminer. Moi qui me considérais encore il y a peu comme une néophyte, je me rend compte que le nombre de séries visionnées à mon actif devient assez conséquent. L’automne arrivant doucement avec ses montagnes de plaids, ses chocolats chauds et ses gros pulls doudou, ce sujet me semblait plutôt approprié. Ainsi, je m’attelle à la difficile tâche de vous en parler.

Pour tout vous dire, malgré le buzz qu’il y a eu autour de cette oeuvre j’ai franchement hésité à me lancer dedans : non que le sujet ne m’intéressait pas (bien au contraire !), mais parce que je craignais la façon dont il allait être traité, et de me retrouver mal à l’aise devant des images et des propos choquants. Disons-le clairement : le propos EST choquant, mais mérite amplement d’être développé.

Petite note : si vous êtes très sensibles et cherchez une série légère pour passer un moment relaxant, prenez vos jambes à votre cou et ne vous retournez pas ! Les autres, installez-vous confortablement en priant très fort pour que cette société ne voie jamais le jour.

The Handmaid’s Tale, donc…

De quoi ça parle ?

Basé sur le roman de Margaret Atwood publié en 1985, La Servante Écarlate (en français) est une dystopie glaçante, ou le récit à la première personne d’une jeune femme, June, devenue esclave sexuelle contre son grès.

Dans une société futuriste des Etats-Unis où le taux de natalité est au plus bas, des femmes sont arrachées à leur famille et séparées de leurs enfants pour être placées dans de riches familles infertiles. Sous cette république totalitaire de Giléad, fondée par des fanatiques religieux, ces femmes sont désormais interdites de tout travail, lecture, divertissement et compte en banque. Placées sous la surveillance austère de ‘Tantes’, elles n’ont plus de droits sauf celui de se taire et de mettre au monde des bébés (si possible en bonne santé, ce qui n’arrive pas si souvent).

Chaque mois, lors de la Cérémonie (qui n’est autre qu’un viol en bonne et due forme, ne jouons pas sur les mots), chaque Servante est forcée de concevoir un enfant avec son Commandant sous l’œil attentif et plein d’espoir de leur femme. Sans surprise, ces scènes qui ne sont ni plus ni moins que des rapports forcés sont cruelles et révoltantes.

 

La série

N’ayant pas encore lu l’oeuvre originale – il attend sagement son tour sur ma table de nuit – , je donnerai donc seulement mon avis sur la série, que j’ai trouvée époustouflante.

Dans une atmosphère oppressante et glaciale, on suit le quotidien de ces femmes en rouge fait de brimades, d’humiliations, voire de mutilations (ces passages m’ayant particulièrement choquée, bien que ces actes soient davantage suggérés que montrés). Telles de petits robots réduits au rang d’esclaves sexuelles, leur seul rôle est on ne peut plus simple : procréer, porter l’enfant et enfanter, un point c’est tout. Autrement dit, des utérus ambulants.

Épisode après épisode, on suit le destin peu enviable de Defred (June de son vrai nom), placée chez le Commandant Waterford et sa femme. Par l’intermédiaire de flashbacks réguliers qui viennent éclairer le spectateur, on découvre peu à peu ce qui a amené ces femmes et cette société à muter d’une telle façon, ce qui rend l’histoire jusqu’au dénouement particulièrement addictive. D’ailleurs, la première saison nous laisse vraiment sur notre faim : vivement la seconde !

Au delà d’un discours terrifiant qui rappelle – évidemment – celui d’Orwell dans 1984, cette série est superbe : la réalisation est extrêmement soignée, l’esthétisme beau et lumineux, et la chorégraphie délicate rouge, verte et blanche des protagonistes rend le tout agréable à regarder.

Avez-vous lu/vu cette oeuvre ? En avez-vous envie ?

Binge reading // Mes lecture d’été 2017

Tandis que certains s’adonnent avec joie au visionnage intensif de séries en un binge watching effréné, d’autres (dont je fais partie) lui préfèrent encore un bon binge reading en bonne et due forme, avalant des kilomètres de mots en une valse lente avec le temps. Pour autant, n’allez pas croire que je dénigre le premier au profit du second, not at all. Rien ne saurait mieux me faire perdre la notion du temps qu’une (très) bonne série, comme ce fût le cas avec le très prenant Bates Motel (et hop! ni vu ni connu elle glisse le titre comme une suggestion cachée, la perfide…)

Ma découverte du géniallissime Allez vous faire lire, dont les chroniques se boivent comme du petit-lait de soja à la vanille -c’est à dire goulûment-, a fini de faire grossir ma Pile A Lire. Qui n’a de pile que le nom, d’ailleurs, puisqu’elle consiste en une liste virtuelle de titres stockée bien au chaud dans un Mémo de mon téléphone.

(J’ai arrêté d’acheter des livres depuis belle lurette, depuis en fait que ma bibliothèque a menacé de se déverser comme une rivière en crue. A la place j’ai pris un abonnement à la médiathèque : rentabilité maximale les cocos !)

Cette intro a assez duré n’est-ce pas, venons-en au fait, et vite ! Je vous propose donc un petit aperçu de mes dernières lectures estivales afin de palier, si nécessaire, à votre désert romanesque. Ne me remerciez pas, tout le plaisir est pour moi 😉 Petite précision : ces romans proviennent tous des rayons Jeunesse/Young Adult de ma bibliothèque, mais je gage que vous passerez en leur compagnie d’agréables moments.

De Cape & de Mots | Flore Vesco

A la mort de son père, la pétillante Serine est contrainte de quitter sa comtesse de mère et sa farandole de petits frères pour trouver un emploi. S’opposant à sa génitrice, elle décide de s’engager auprès de la Reine comme Demoiselle de Compagnie. En chemin, rien ne se passe comme prévu entre sa méconnaissance des conventions, la tyrannie de la Reine envers ses sujets et le mépris des autres demoiselles plus fortunées qu’elle. Heureusement, la jeune fille peut toujours compter sur sa gouaille et sa débrouillardise pour contourner tous les obstacles, tout comme sa propension à nouer des relations avec les êtres qui l’entourent.

Le premier roman de Flore Vesco est un petit bijou de fantaisie et d’inventivité, où l’on se délecte de jeux de mots bien juteux et d’inventions les plus folles. On suit avec ravissement l’ascension de Serine au sein du palais, tandis qu’au même moment les nobles malintentionnés dégringolent de leur piédestal.

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Nous les menteurs | e. lockhart

Dans la famille Sainclair, tout le monde est beau, tout le monde est riche, tout le monde réussit dans la vie. Pas de drogué, pas de raté, pas de tire-au-flancs… et pourtant. Dans la famille Sainclair, tout le monde va bien mais personne ne révèle ses émotions. Tous les étés, Cadence passe ses vacances sur l’île paradisiaque de sa famille avec les Menteurs, sa petite bande ses cousins auxquels vient se greffer Gat. Gat, le neveu du nouveau mari de sa tante, l’impénétrable Gat, l’amoureux de Cadence. L’été 15 (c’est comme ça que Cadence nomme l’été de ses quinze ans), tout bascule : c’est le drame, l’accident, mais la jeune fille ne se souvient plus de rien. Peu à peu quelques bribes lui reviennent, et les morceaux du puzzle se mettent en place. Jusqu’à la révélation.

Ce roman est… stupéfiant et à nul autre pareil. Fort comme un vent du nord, cinglant comme une gifle, je n’ai pu le lâcher avant la dernière page. L’écriture est fluide et les dialogues savoureux, entrecoupés de phrases courtes à la manière de vers poétiques qui font toute son originalité. C’est une lecture forte (voire perturbante) qui ravira certainement les mordus de drames familiaux.

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Broken Soup | Jenny Valentine

Je finis par mon coup de cœur absolu de ces trois ouvrages, que j’ai dévoré en un peine une journée. Je l’ai achevé avec beaucoup de regrets, et ai même envisagé de le relire aussitôt (chose que je ne fais jamais).

Depuis la mort accidentelle de son frère Jack, rien ne va plus à la maison. Avec un père absent et une mère à la dérive, Rowan, 14 ans, doit prendre en charge sa vie d’adolescente et sa petite sœur de six ans. Un jour, sa vie prend un tournant inattendu alors qu’un inconnu lui tend un négatif qu’elle aurait laissé tomber. A partir de là, tout s’enchaîne et se déroule comme une bobine de fil. J’ai été happée par ce roman lumineux et optimiste, qui met en scène une belle galerie de personnages à la personnalité attachante. Harper, Rowan et Stroma sont de ceux qu’on aimerait rencontrer dans la vraie vie, pour les serrer dans nos bras et faire un bout de chemin avec eux.

Ce livre parle avec justesse de la mort d’un proche et de tous ces petits liens détruits, mais aussi de la manière d’y faire face parce que la Vie continue, elle. Et c’est bouleversant.

Et vous, quelles sont vos lectures du moment ?

Comment ne pas finir comme tes parents, ou le livre qui donne envie de méditer

Il fallait que je vous parle de ce chouette bouquin qui a accompagné le début de mes vacances, histoire de partager avec vous mon immense enthousiasme à son égard.
Pour la petite histoire, nous étions partis faire les soldes. Sur le point de repartir bredouilles, nous faisions un dernier petit tour à Nature & Découvertes (il faut que vous le sachiez : je n’envisage pas une virée en ville sans un petit passage dans le temple de la saveur citronnée et des petits gadgets écolo-futiles)(Je les soupçonne d’ailleurs de diffuser des phéromones à l’entrée du magasin pour attirer le client désorienté…Bref.) quand je suis tombée sur ce livre au titre bien impertinent. C’est d’abord ce qui m’a attirée voyez-vous.
Je peux maintenant vous le dire : ce fût les 22.90€ les mieux dépensés de cette journée (de la semaine ?). Culture : 1, Fringues : 0 (de toute façon j’en avais pas besoin).
Comment ne pas finir comme tes parents (Parents, n’y voyez aucune offense) est une introduction géniale et ludique à la méditation, pour qui voudrait s’y essayer sans jamais oser. Je l’ai picoré petits bouts par petits bouts, en résistant à l’envie de le terminer trop vite malgré sa relative densité, et en essayant aussi souvent que possible d’effectuer les petits exercices de méditation proposés tout au long de l’ouvrage.
Ce livre plein d’humour s’adresse au lecteur sur un ton amical et désacralise terriblement la méditation pour les plus jeunes, en y développant les concepts phares sous le prisme de la vie quotidienne d’un ado du XXIème siècle. S’il est indiqué sur la couverture « La méditation pour les 15-25 ans » j’étendrais personnellement cette tranche d’âge au delà tant le propos est intelligent et universel. J’ai beaucoup aimé l’utilisation de métaphores pour expliquer simplement des concepts fondamentaux comme les pensées, tout comme le fait que les auteurs ne prônent rien du tout mais nous invitent chaudement à expérimenter les bienfaits de la méditation par nous-même et à se faire son propre avis.
L’ouvrage est en outre vraiment agréable à lire grâce à sa mise en page aérée et colorée, relevé par quelques jolies illustrations de l’artiste Pénélope Bagieu, qu’on ne présente plus. Il contient également un CD de 11 méditations guidées (que je me suis empressée de transférer sur mon iPod pour les emmener partout avec moi cet été !), à pratiquer parallèlement à la lecture lorsque le petit logo dédié apparaît au fil des pages.
 

Conclusion : un bouquin très bien fichu à mettre entre les mains dodues de votre pré-ado, plus musclées d’un jeune adulte ou même sur le point de se rider d’un adulte qui en a déjà vu de belles, bref : à mettre entre des mains de tout âge !

Amnésie

Il y a quelques temps, Céline s’interrogeait sur le prix du beau. L’idée fit son chemin, et c’est l’accoutumance au beau qui me vînt à l’esprit. Le beau ici plutôt comme esthétique, et non forcément comme conditions favorables de l’existence qu’on appelle quelque fois bonheur – quoique cela puisse sans doute s’y appliquer aussi. Sur Instagram, je constatai avec désappointement que je n’étais plus aussi touchée par certaines photos à force d’en voir d’aussi parfaites et semblables le long de mon chemin, comme si ma capacité à apprécier le beau s’était distendue à force de sollicitations désordonnées. A trop vouloir s’entourer de beau jusqu’à en être baigné constamment, ne coure-t-on pas le risque de ne plus reconnaître son visage ?
Au collège puis au lycée, il y avait une fille très belle que tout le monde admirait. Elle avait les cheveux très longs, de jolis yeux noisette et les traits bien dessinés. Je crois qu’on connaît tous une fille comme ça dans notre entourage (mais cela s’applique aussi aux garçons, je ne fais pas de distinction) : une de celles qui paraissent toujours à l’aise avec tout le monde, dont les garçons recherchent la compagnie et dont toutes les filles se damneraient pour lui ressembler. Quand en Terminale on se retrouva dans la même classe, je me dis alors que j’aurais tout le loisir de l’admirer. Et puis l’année passa, avec son lot d’aventures et de déconfitures. A la fin de l’année, j’eus la surprise de découvrir que je ne la trouvais plus aussi belle. Non qu’en quelques mois elle fût devenue laide à mes yeux, je reconnaissais qu’on pût encore la trouver magnifique, seulement elle ne me faisait plus le même effet. L’habitude de la contempler, sûrement. L’accoutumance peut-être. Je me demandai ce qu’il s’était passé pour que le charme cesse d’opérer de la sorte, sans rien trouver de convaincant. Elle avait toujours les mêmes yeux noisette, sa longue chevelure et les traits bien dessinés. Seul mon regard avait changé.

Lorsque je croise des couples dans la rue se tenant par la main, je me demande parfois si leur vision d’eux-mêmes a changé au fil des ans. La trouve-t-il aussi belle qu’au premier jour ? Le trouve-t-elle encore séduisant ? Ce sont sans doute que ces considérations purement esthétiques ont laissé place à quelque chose de plus fort et de plus profond : un amour inconditionnel, de la tendresse pour ce qu’ils sont devenus, de la bienveillance et de l’humour (les deux mamelles d’un couple qui dure non ?)…  Mais moi, je vais vous dire, je ne me suis toujours pas habitué à lui. Quand je le vois c’est une lumière qui s’allume, c’est presque une première fois, ce sont les premières pages d’un livre que l’on n’a jamais lu encore. Ce sont chaque jour des retrouvailles à la faveur d’un sourire ou d’une parole, heureux amnésiques que nous sommes.

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