Réflexions Archives - Chuchotis Marins

Réflexions

Novembre

Novembre est un drôle de mois, coincé entre deux saisons, plus tout à fait automne ni encore hiver. En somme il ne s’y passe pas grand chose, si ce n’est l’excitation de Noël à venir qui commence à monter. J’exagère un peu quant à son vide sidéral supposé : il y a eu le NaNoWriMo aussi. Et puis j’ai lu de très bon livres (ce fût un excellent cru de ce point de vue) et écouté de tas de podcasts inspirants (La Poudre notamment. C’est un podcast féministe très agréable à écouter, et la voix douce de Lauren Bastide est un régal pour les oreille. Courez-y si vous ne connaissez pas encore), alors ce n’est pas tout à fait un mois inutile, pas vraiment. D’ailleurs, aucun ne l’est. Il y a même un peu de magie dans ses jours raccourcis, des paillettes parsemées par-ci par-là, mais je suis quand même contente qu’il soit passé. Bienvenue froid Décembre au ventre rebondi de bonhomme bien nourri, aux joues rougies par le vent et à la tignasse blanche de neige. (Je crois que vous avez compris où je voulais en venir : c’est Noël !)

En Novembre il y a eu le Black Friday, et cette opération marketing m’a mise un peu en colère. J’ai trouvé qu’on marchait sur la tête, à ne pas voir que notre consommation effrénée mettait la planète à mal, que la mise en garde des 15 000 scientifiques à la Une du journal Le Monde n’avait pas eu l’effet escompté. Oui, j’ai eu mal au cœur de voir cette course aux bonnes affaires qui n’en sont pas. Ce jour-là j’ai été assaillie de mails, de sms et de publicités jusqu’à la nausée, me poussant à dégainer ma carte bancaire plus vite que mon ombre. Parce que vous le valez bien, tu sais. J’ai résisté, enfin ce n’était pas bien compliqué car je n’avais besoin de rien, vraiment. J’ai même eu envie d’écrire un article sur ce phénomène venu des états-unis, un petit Black Friday, non merci avant de finalement décider d’en parler rapidement ici, dans cet article novembrien un peu fourre-tout. Parce que nous valons tellement mieux que ça, et que nous ne sommes pas que de simples consommateurs ni des vaches à lait. Alors, à ma manière, j’ai décidé de boycotter ce Vendredi Noir et de le transformer en un Green Friday un peu moins vide de sens. (J’ai juste fait des sablés au lieu d’aller faire les magasins, ça compte ?)

En Novembre, c’est aussi le mois des courses de Noël pour les plus rapides. J’ai commencé à réfléchir à mes cadeaux, que je voulais le plus Zéro déchet et le plus éthiques possible. J’ai sorti un stylo et mon plus beau carnet et me suis attelée à la tâche difficile d’attribution des cadeaux. J’ai écrit, raturé, listé, et débattu avec moi-même pour enfin tomber d’accord. Alors voilà, je crois que j’y suis presque, je n’ai plus qu’à confectionner tout ça. J’ai aussi découvert grâce à Instagram deux très belles marques françaises de bougies, que je rêve maintenant de m’offrir (et d’offrir). Voici les liens, si cela vous intéresse : La Belle Mèche et La bougie Herbivore. Elles sont éco-responsables, non testées sur les animaux, fabriquées à partir de cire de soja naturelle et le prix est vraiment raisonnable : que demander de plus ?

Et puis sur Twitter je suis tombée sur cette chouette idée de calendrier de l’Avent inversé, qui consiste à mettre chaque jour dans une boîte un objet utile de la vie quotidienne (dentifrice, savon, crème pour les mains, paire de gants…), et de l’offrir à la fin à une personne dans le besoin. J’ai eu envie de partager avec vous cette belle initiative, qui évite de participer à la surconsommation et d’aider une personne en difficulté.

Finalement, je crois que Novembre n’aura pas été si moisi. Comment était le vôtre ? Sur cette entrevue je vous laisse, j’ai encore quelques sablés de Noël à grignoter avant disparition complète de l’espèce. (Oh, noooon !)(C’est que j’abrite à la maison un amoureux gourmand voyez-vous)

Une journée à la VeggieWorld Paris 2017

Samedi dernier, par une belle journée d’automne j’ai traîné A., mon amoureux, à la Veggieworld de Paris. Traîner n’étant peut-être pas le terme exact, puisqu’il était au moins aussi emballé que moi. J’ai un amoureux formidable. (Il faut dire que je lui avais promis d’aller au salon de l’automobile le lendemain.)

Après une petite escapade dans le métro parisien aussi instructive (on en apprend beaucoup sur le genre humain dans ces endroits) qu’éreintante, nous arrivons au lieu des réjouissances. Et là, surprise ! Malgré notre avance, une queue de plusieurs mètres de long se presse déjà dans la rue devant le Cent-Quatre (le lieu des réjouissances, donc).

J’avais prévu de faire le plein de faux-mages, ou vromages, ou ce que vous voulez s’apparentant à ce mets très prisé des français en version végétale, afin d’en faire goûter à notre entourage. Mais aussi pour nous-mêmes, quand même ! (D’autant qu’ils n’ont pas fait long feu, nous avons été un peu trop ambitieux quand au nombre de goûteurs potentiels…). Nous avons testé des tas de vromages aussi exquis les uns que les autres, bluffés par leur apparence, leur goût et leur texture. A s’y méprendre !

Est-ce une bonne chose ? Oui (bien-sûr que c’est une bonne chose !) ET non. Non parce que le fromage ne m’avait jamais manqué jusque-là, mais que ces versions à se damner ont peut-être ravivé la flamme, qui sait… En tout cas, je ne doute pas que ce domaine ait de l’avenir. Si vous cherchez encore votre vocation… A bon entendeur.

(D’ailleurs, j’en profite pour vous présenter le blog de Thomas que je viens juste de découvrir grâce à Instagram, avec sa recette de « cashewbert » et ses photos incroyables : c’est ici)

Evidemment, on ne s’est pas arrêté aux fauxmages, puisque ce salon est aussi un immense paradis de la bouffe végane en tout genre. Je n’aime pas trop utiliser le terme « bouffe », mais ici c’est vraiment le mot qui m’est venu à l’esprit au vu de la variété et du choix gargantuesque de mets proposés. Bref, il y a eu régalance. Après avoir fait le tour des stands, arriva ce qui devait arriver : à midi nous n’avions plus faim pour le déjeuner ! Qu’à cela ne tienne, nous essayons quand même le petit burger avocat-façon-œuf du Potager de Charlotte. C’était bon.

N’allez pas croire que nous n’avons fait que manger (heu, attendez…). On a aussi découvert plein de petites marques de cosmétiques éthiques, et j’ai jeté mon dévolu sur une mousse de karité aux huiles essentielles. Mention Slow Cosmétique s’il vous plaît ! Tradition & Co est une toute jeune marque parisienne spécialisée dans le beurre de karité, que ce soient des savons saponifiés à froid – vous savez comme je les aimes ! -, des beurres parfumés ou des mousses. J’utilise la mienne depuis plus d’une semaine déjà et je la trouve tout simplement parfaite !

C’est quand même fou (et trop cool), un salon entier consacré au mode de vie végane ! Y êtes-vous déjà allé ?

Ces choses que je n’achète plus

Chers petits lecteurs en grosses écharpes : bonjour chez vous.

C’est samedi, le ciel est bas et lourd, et je viens de terminer ma dissertation d’anglais (Le sujet : « Accepteriez-vous de porter une puce électronique dans votre cerveau ? Pensez aux avantages et inconvénients, ainsi qu’aux mauvaises utilisations possibles ». Voilà ce sera tout, merci au revoir)(Pour ma part je préfère ne pas).

Alors voilà, j’ai eu envie de continuer sur ma lancée et me voici devant mon ordinateur à vous écrire ce nouvel article. C’est qu’il me trottait dans la tête depuis un moment, et je me suis dit qu’aujourd’hui était le moment idéal pour qu’il voit le jour. N’allez pas croire que je trouve ce temps tristounet (bon un peu, c’est vrai), mais que voulez-vous, je suis une fille de l’hiver qui sautille aux premiers frimas, et qui par dessus tout aime rester dans son cocon d’automne avec une pile de livres et un gros mug de thé à portée de mains.

Cela fait maintenant quelques années que j’ai débuté cette réflexion sur mon rapport aux objets et à leur consommation, et que je me suis mise à me poser davantage de questions au moment de passer à la caisse. En ai-je vraiment besoin ? Ne puis-je pas le remplacer par un objet similaire que je possède déjà ? Quel est son impact sur l’environnement ? Ou bien : puis-je le fabriquer moi-même ? Aaah, la consomm’action, vaste sujet…

Voici donc quelques objets que j’ai tout simplement arrêté d’acheter, ainsi que leurs alternatives. Cela vous donnera peut-être des idées pour consommer autrement qui sait 😉

 

Les livres

« QU-OII ?!, vous écriez-vous avec un brin de courroux et force indignation (et vous n’aurez pas complètement tort). Comment ose-t-elle ?! Se dire amoureuse des livres et des mots, avec des idées pareilles, et les petites librairies alors, et les auteurs…?

Chacun sait que l’argent dépensé pour les livres n’EXISTE PAS réellement, évidemment, et que ces euros ne sont que poudre de perlimpimpin (?). Et je suis d’accord, bien sûr, mais ce n’est pas l’avis de mes étagères. Enfant puis adolescente j’ai acheté énormément de livres, parce que j’adorais ça, mais un beau jour je n’ai plus eu de place pour les stocker. Par la même occasion je me suis rendue compte que (pratiquement) tous ces livres étaient disponibles à ma bibliothèque municipale, alors j’ai décidé de m’approvisionner dans cette superbe caverne d’Ali baba qui m’était offerte presque gratuitement. Avoir accès à une telle quantité de savoir moyennant un petit abonnement annuel de rien du tout, si ce n’est pas de la magie ça !

Pour autant, bien que ce soit très rare maintenant, il m’arrive quand même de m’offrir un livre : lorsque je ne le trouve pas à la médiathèque, ou qu’il est vraiment très beau, ou que je ressens l’envie de le posséder dans ma bibliothèque comme un petit trésor.

 

Les magazines

Alors là, c’est sans regret que j’ai arrêté de lire ces torchons misogynes qui nous racontent comment perdre rapidement 5 kilos avant l’été, ou bien comment s’habiller pour un dîner avec les collègues de son mari. Là encore, j’ai été assez bon public dans ma jeunesse. Un beau jour j’ai décidé d’arrêter de me polluer l’esprit avec ces cochoncetés (bon, le revers de la médaille c’est que je ne savais pas que Kate Middleton attendait son troisième enfant, mais est-ce vraiment grave ?), et force est de constater je ne m’en porte pas plus mal !

J’ai conscience que c’est un tableau bien noir que je vous brosse, pourtant quelques uns trouvent encore grâce à mes yeux ne vous inquiétez pas ! C’est ainsi que j’aime beaucoup le très cocooning et « slow-life » Simple Things, notamment pour les jolies chroniques de Céline aka Les Mots Ailés. Aussi, l’autre jour quelle ne fût pas ma joie de découvrir que ma médiathèque (encore elle !) était abonnée à Flow magazine ♥

 

Les pâtisseries et autres douceurs industrielles qui te tendent les bras

C’est la chose la plus gratifiante qu’il m’ait été donné d’expérimenter, cuisiner moi-même les douceurs qui me font envie. Découvrir que j’étais capable de réaliser des brioches aussi moelleuses et des pâtisseries aussi bonnes (voir meilleures) que dans le commerce, avec quelques ingrédients bien choisis ! Lorsque je suis devenue végéta*ienne il ne s’agissait plus d’acheter n’importe quoi sans lire les étiquettes, alors je me suis mise à écumer les blogs culinaires et à tester toutes les recettes qui me tombaient sous la main et m’inspiraient.

Je suis très brioche en ce moment, chose qui m’intimidait au plus haut point à mes débuts. Je suis devenue experte en levée de pâte et pétrissage à la main, en essayant presque chaque semaine une nouvelle recette. On essaye toujours de nous faire croire que c’est compliqué, impossible à réaliser chez soi, moins bon. Eh bien sachez-le, c’est FAUX : vous en êtes tout à fait capables ! 

 

Les gels douche ou shampoings « conventionnels »

Ce n’est plus un secret pour personne désormais, les produits de toilette conventionnels (à savoir, non issus de l’agriculture biologique) sont une véritable plaie, un désastre écologique et sanitaire bourrés de perturbateurs endocriniens. Heureusement, il existe plein d’alternatives tout aussi efficaces ! J’essaie de commander le moins possible sur le net et de me contenter des produits basiques que je trouve près de chez moi, ainsi je me fournis principalement en magasins BIO (dentifrice, shampoing, huiles végétales, huiles essentielles…).

Sinon… vous pouvez aussi fabriquer vos propres savons saponifiés à froid ! Il existe pas mal de tutoriels sur internet, j’avais également fait un article il y a trèèèès longtemps.

Voilà, je me rends compte que ça m’a bien changé la vie tous ces petits pas. Et quand j’y pense je réalise que, quand même, j’ai fait de sacré belles économies grâce à tout ça !

Et vous, quels sont les choses que vous avez arrêté d’acheter ? Par quoi les avez-vous remplacées ?

Série : The Handmaid’s Tale (La servante Écarlate)

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler série. Ou plutôt du géniallissime The Handmaid’s Tale, un petit chef d’oeuvre que je viens juste de terminer. Moi qui me considérais encore il y a peu comme une néophyte, je me rend compte que le nombre de séries visionnées à mon actif devient assez conséquent. L’automne arrivant doucement avec ses montagnes de plaids, ses chocolats chauds et ses gros pulls doudou, ce sujet me semblait plutôt approprié. Ainsi, je m’attelle à la difficile tâche de vous en parler.

Pour tout vous dire, malgré le buzz qu’il y a eu autour de cette oeuvre j’ai franchement hésité à me lancer dedans : non que le sujet ne m’intéressait pas (bien au contraire !), mais parce que je craignais la façon dont il allait être traité, et de me retrouver mal à l’aise devant des images et des propos choquants. Disons-le clairement : le propos EST choquant, mais mérite amplement d’être développé.

Petite note : si vous êtes très sensibles et cherchez une série légère pour passer un moment relaxant, prenez vos jambes à votre cou et ne vous retournez pas ! Les autres, installez-vous confortablement en priant très fort pour que cette société ne voie jamais le jour.

The Handmaid’s Tale, donc…

De quoi ça parle ?

Basé sur le roman de Margaret Atwood publié en 1985, La Servante Écarlate (en français) est une dystopie glaçante, ou le récit à la première personne d’une jeune femme, June, devenue esclave sexuelle contre son grès.

Dans une société futuriste des Etats-Unis où le taux de natalité est au plus bas, des femmes sont arrachées à leur famille et séparées de leurs enfants pour être placées dans de riches familles infertiles. Sous cette république totalitaire de Giléad, fondée par des fanatiques religieux, ces femmes sont désormais interdites de tout travail, lecture, divertissement et compte en banque. Placées sous la surveillance austère de ‘Tantes’, elles n’ont plus de droits sauf celui de se taire et de mettre au monde des bébés (si possible en bonne santé, ce qui n’arrive pas si souvent).

Chaque mois, lors de la Cérémonie (qui n’est autre qu’un viol en bonne et due forme, ne jouons pas sur les mots), chaque Servante est forcée de concevoir un enfant avec son Commandant sous l’œil attentif et plein d’espoir de leur femme. Sans surprise, ces scènes qui ne sont ni plus ni moins que des rapports forcés sont cruelles et révoltantes.

 

La série

N’ayant pas encore lu l’oeuvre originale – il attend sagement son tour sur ma table de nuit – , je donnerai donc seulement mon avis sur la série, que j’ai trouvée époustouflante.

Dans une atmosphère oppressante et glaciale, on suit le quotidien de ces femmes en rouge fait de brimades, d’humiliations, voire de mutilations (ces passages m’ayant particulièrement choquée, bien que ces actes soient davantage suggérés que montrés). Telles de petits robots réduits au rang d’esclaves sexuelles, leur seul rôle est on ne peut plus simple : procréer, porter l’enfant et enfanter, un point c’est tout. Autrement dit, des utérus ambulants.

Épisode après épisode, on suit le destin peu enviable de Defred (June de son vrai nom), placée chez le Commandant Waterford et sa femme. Par l’intermédiaire de flashbacks réguliers qui viennent éclairer le spectateur, on découvre peu à peu ce qui a amené ces femmes et cette société à muter d’une telle façon, ce qui rend l’histoire jusqu’au dénouement particulièrement addictive. D’ailleurs, la première saison nous laisse vraiment sur notre faim : vivement la seconde !

Au delà d’un discours terrifiant qui rappelle – évidemment – celui d’Orwell dans 1984, cette série est superbe : la réalisation est extrêmement soignée, l’esthétisme beau et lumineux, et la chorégraphie délicate rouge, verte et blanche des protagonistes rend le tout agréable à regarder.

Avez-vous lu/vu cette oeuvre ? En avez-vous envie ?

Amnésie

Il y a quelques temps, Céline s’interrogeait sur le prix du beau. L’idée fit son chemin, et c’est l’accoutumance au beau qui me vînt à l’esprit. Le beau ici plutôt comme esthétique, et non forcément comme conditions favorables de l’existence qu’on appelle quelque fois bonheur – quoique cela puisse sans doute s’y appliquer aussi. Sur Instagram, je constatai avec désappointement que je n’étais plus aussi touchée par certaines photos à force d’en voir d’aussi parfaites et semblables le long de mon chemin, comme si ma capacité à apprécier le beau s’était distendue à force de sollicitations désordonnées. A trop vouloir s’entourer de beau jusqu’à en être baigné constamment, ne coure-t-on pas le risque de ne plus reconnaître son visage ?
Au collège puis au lycée, il y avait une fille très belle que tout le monde admirait. Elle avait les cheveux très longs, de jolis yeux noisette et les traits bien dessinés. Je crois qu’on connaît tous une fille comme ça dans notre entourage (mais cela s’applique aussi aux garçons, je ne fais pas de distinction) : une de celles qui paraissent toujours à l’aise avec tout le monde, dont les garçons recherchent la compagnie et dont toutes les filles se damneraient pour lui ressembler. Quand en Terminale on se retrouva dans la même classe, je me dis alors que j’aurais tout le loisir de l’admirer. Et puis l’année passa, avec son lot d’aventures et de déconfitures. A la fin de l’année, j’eus la surprise de découvrir que je ne la trouvais plus aussi belle. Non qu’en quelques mois elle fût devenue laide à mes yeux, je reconnaissais qu’on pût encore la trouver magnifique, seulement elle ne me faisait plus le même effet. L’habitude de la contempler, sûrement. L’accoutumance peut-être. Je me demandai ce qu’il s’était passé pour que le charme cesse d’opérer de la sorte, sans rien trouver de convaincant. Elle avait toujours les mêmes yeux noisette, sa longue chevelure et les traits bien dessinés. Seul mon regard avait changé.

Lorsque je croise des couples dans la rue se tenant par la main, je me demande parfois si leur vision d’eux-mêmes a changé au fil des ans. La trouve-t-il aussi belle qu’au premier jour ? Le trouve-t-elle encore séduisant ? Ce sont sans doute que ces considérations purement esthétiques ont laissé place à quelque chose de plus fort et de plus profond : un amour inconditionnel, de la tendresse pour ce qu’ils sont devenus, de la bienveillance et de l’humour (les deux mamelles d’un couple qui dure non ?)…  Mais moi, je vais vous dire, je ne me suis toujours pas habitué à lui. Quand je le vois c’est une lumière qui s’allume, c’est presque une première fois, ce sont les premières pages d’un livre que l’on n’a jamais lu encore. Ce sont chaque jour des retrouvailles à la faveur d’un sourire ou d’une parole, heureux amnésiques que nous sommes.

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