Et rentrée fût faite.

J’avais mis mon portable à sonner à 7h pour le lendemain, avait failli l’éteindre, me ravisai, puis l’éteignis finalement.
Le rallumai, me connectai pour la dernière fois de la soirée (la dernière fois, promis ! me dis-je à moi-même avec conviction) sur Instagram et Whatsapp, le re-éteignis puis le posai sur ma valise-table-de-chevet-à-roulettes jusqu’au lendemain. Une boule au ventre, impossible de trouver le sommeil.
Demain, la rentrée dans ma nouvelle entreprise. 
Je ne voulais plus y penser, essayer de lire, reposer mon livre, le reprendre, faire un tour dans la chambre pour vérifier que tout était prêt, mon sac préparé, avec une trousse et mon dictionnaire Français-Allemand qui désormais ne me quitte plus depuis dimanche. Retourner sous les couvertures, contempler avec tristesse la place vacante de l’Aimé à côté de moi, changer de position et sortir une jambe au dehors pour tâter un coin plus frais. Maugréer que, quand même, tout ce foin pour si peu… Ce n’est que la rentrée après tout. Non ?
Ce matin-là, je portais ma bague porte-bonheur au majeur droit, celle avec une pierre orange qui me rassure toujours quand je l’ai sur moi, et je refis le chemin effectué mille fois la veille. Oui je sais, c’est idiot : le stress me rend aussi supersticieuse qu’obsessionnelle. Dans le tramway qui m’emmène, je me surprends à répéter dans ma tête en boucle des phrases toutes prêtes, des mots appris par-ci par là, toujours mon mini-dictionnaire greffé à la main. Ma bouée de sauvetage
Guten Tag, ich bin Marine, die Neue Mitarbeiterin… Entschuldigung, ich bin ein wenig zu früh… Hallo, ich bin Marine…
Et puis soudain, les nuages gris et pesants logés dans ma poitrine se dissipent. Ils sont si sympatiques, si souriants, si avenants mes nouveaux collègues ! Un gâteau au chocolat partagé, un jeu de cartes sur le toit de l’Institut, avec cette vue à couper le souffle sur les toits de la villes. A la fin de la journée je rentre chez moi légère, légère, légère comme une plume…
Ainsi, c’était donc ça !
Et puis sur le chemin du retour j’ai croisé une rose, elle semblait sortir sa tête en implorant : Je vous en prie, délivrez-moi, sortez-moi de cette prison ! Alors après j’étais un peu triste de ne pas pouvoir le faire…

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