MENUMENU
Chuchotis Marins - Page 4 sur 30 -

Processus d’écriture #1 (et du sobacha maison pour accompagner tout ça)

Je suis toujours surprise de la direction que prennent mes mots une fois libérés du carcan de mon esprit.

De mes phrases qui s’entortillent comme des rubans agités par le vent et soudain douées d’une vie propre, qui n’ont finalement plus rien à voir avec ce qu’elles devaient être à l’origine. La lente maturation autour d’une idée conductrice me fascine, partir d’un point A confus et arriver à une jolie clairière verdoyante bordée d’un lac, en passant par de longs chemins tortueux et détournés. Faire le choix d’un petit embryon d’idée dans le fourmillement d’un gros bouquet dépourvu de logique, en dérouler le fil comme une pelote pour l’étoffer et le faire grandir.

Parfois, – souvent -, la version finale de mes écrits n’a plus rien à voir avec les premiers mots couchés sur le papier (/l’écran). Sur le blog, mes articles prennent alors soudain une tournure inattendue, que je n’avais pas d’abord envisagée. C’est un peu fou, c’est une idée étrange et un peu mystique, de les imaginer vivre leur vie et danser tout seuls, avec à leur service mes doigts pour seules marionnettes. Aujourd’hui par exemple, j’avais prévu de vous parler de l’Automne que j’aime tant (j’avais d’abord écrit que « j’aime temps », vous voyez) et de ses contours dorés, de plaids douillets à réchauffer les épaules et de ma consommation de tisanes qui grimpe en flèche.

Et puis tout à coup, sans crier gare, j’ai commencé à dévier de tout ça, à modifier, effacer, raturer pour vous parler de tout autre chose : d’écriture et d’idées vivantes.

Un jour, j’aimerais beaucoup vous parler de mon écriture à moi, de comment les idées me viennent et de comment je les attrape au vol pour ne plus les lâcher. Le processus d’écriture est un sujet ô combien passionnant auquel je réfléchis beaucoup, et que j’adore voir traité chez ceux qui écrivent (d’autant que, hé hé, je participe au #NaNoWriMo2017 cette année !). Parce que c’est toujours intéressant de jeter discrètement un œil aux fenêtres et de voir comment c’est, chez les autres (ne dites pas le contraire, je suis sûre que vous le faites aussi bande de coquins !).

En attendant je voulais aussi partager avec vous une boisson chaude découverte chez Julie, et qui est devenue en quelques jours MA boisson de l’automne. Le sobacha (de soba, sarrasin et cha, thé) est une délicieuse infusion à base de sarrasin torréfié appelé kasha, et ne contient ni gluten ni caféine. Il peut s’acheter dans le commerce directement sous forme de sachets à infuser, mais je préfère acheter un gros paquet de kasha et le faire moi-même, d’autant que je m’en sers aussi beaucoup en cuisine.

 

Sobacha maison, ou douce infusion au sarrasin

Pour un mug :

  • 1 cuillère à café de kasha
  • 200ml d’eau bouillante

Préparation :

Si vous achetez simplement du sarrasin, il vous faudra le faire chauffer à sec (= sans matière grasse) dans une poêle jusqu’à le faire griller légèrement.

Il vous suffit ensuite de verser une cuillerée de kasha dans une boule à thé, et de le laisser infuser entre 5 et 10 minutes dans une eau à 100°C.

-> Contrairement aux feuilles de thé, le sobacha ne devient jamais amer si vous le laissez infuser trop longtemps ! J’adore son petit goût de céréale et de riz soufflé, c’est tout doux dans la bouche et un peu rustique, alors je le laisse barboter dans son bain au moins 10 minutes. Il me fait beaucoup penser au Genmaicha de Kusmi Tea que je buvais il y a quelques années (pfffiou, je devais être au lycée…), mais en encore meilleur.

Et vous, connaissiez-vous le sobacha ?

Quelles sont les boissons qui accompagnent vos journées en ce moment ?

Rituels

Dans les magazines, elle fait toujours figure de fléau à éradiquer, de bête sournoise à abattre. Pourtant c’est si joli la routine, c’est musical : rrrou-tine. Ça tinte aux oreilles comme une poignée de perles, c’est une comptine qu’on chuchote à l’oreille d’un enfant, rout-ine, routinette. Petite route rassurante semée de velours et de certitudes, dans un monde chaotique en perpétuelle agitation. Et moi je trouve ça dommage, toutes ces critiques à son égard. Je suis de celles qui cultivent et chérissent ces constantes quotidiennes, comme un trésor un peu honteux qu’il est de bon ton de mépriser.

Il y a, d’abord, la routine de la semaine à base de réveils difficiles, empreintes laissées du weekend. Main dans la main, yeux collés de sommeil, seuls contre le reste du monde (c’est-à-dire : ce foutu réveil qui continue de tonitruer). Ce sont les petits-déjeuners rapides parce qu’il ne faut surtout pas rater le tramway, les tartine à la confiture de fraise ou les petits pains avalés à la va-vite alors qu’on voudrait prendre le temps, c’est la cafetière et son long ronronnement vrombissant, la bouilloire chuintante et les miettes qu’il faut ramasser. C’est toujours le même chemin, le cliquetis du badge pour sortir, les chats sur les fenêtres à saluer ou à caresser, le tunnel qu’il faut passer, marcher, marcher jusqu’à l’arrêt, courir parfois quand le temps nous rattrape. Les jours égrenés sur le calendrier, lundi-mardi-mercredi-jeudi-vendredi. Et puis, le rituel du vendredi soir qui n’en est pas encore un mais qu’on voudrait très fort voir revenir, le cours de sophrologie.

Puis vient samedi-jour-de-marché, rassembler les sacs en tissus et le porte-monnaie, abandonner l’électronique pour un temps, renouer avec les pièces sonnantes et trébuchantes. Le poids de l’argent dans la main. Chaque semaine retrouver ‘notre’ petit producteur et sa sœur, celui qui est toujours heureux de nous voir revenir et ne nous compte même pas les centimes. Les nouveaux légumes ramenés à la maison sur ses conseils avertis, le muscadet à apprivoiser et cuisiner (« tu m’en diras des nouvelles, c’est un délice, encore plus fin que le potimarron ! »)(Et moi, étonnée de trouver un concurrent à mon potimarron que j’aime tant, que je croyais Roi de l’automne).

Qu’il est bon de compter sur ces petits rituels qui jalonnent l’existence, aventuriers du quotidien, courageux mais pas téméraires.

Et vous, aimez-vous être rassurés par une routine ? Quels sont vos rituels des jours qui passent ?

Série : The Handmaid’s Tale (La servante Écarlate)

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler série. Ou plutôt du géniallissime The Handmaid’s Tale, un petit chef d’oeuvre que je viens juste de terminer. Moi qui me considérais encore il y a peu comme une néophyte, je me rend compte que le nombre de séries visionnées à mon actif devient assez conséquent. L’automne arrivant doucement avec ses montagnes de plaids, ses chocolats chauds et ses gros pulls doudou, ce sujet me semblait plutôt approprié. Ainsi, je m’attelle à la difficile tâche de vous en parler.

Pour tout vous dire, malgré le buzz qu’il y a eu autour de cette oeuvre j’ai franchement hésité à me lancer dedans : non que le sujet ne m’intéressait pas (bien au contraire !), mais parce que je craignais la façon dont il allait être traité, et de me retrouver mal à l’aise devant des images et des propos choquants. Disons-le clairement : le propos EST choquant, mais mérite amplement d’être développé.

Petite note : si vous êtes très sensibles et cherchez une série légère pour passer un moment relaxant, prenez vos jambes à votre cou et ne vous retournez pas ! Les autres, installez-vous confortablement en priant très fort pour que cette société ne voie jamais le jour.

The Handmaid’s Tale, donc…

De quoi ça parle ?

Basé sur le roman de Margaret Atwood publié en 1985, La Servante Écarlate (en français) est une dystopie glaçante, ou le récit à la première personne d’une jeune femme, June, devenue esclave sexuelle contre son grès.

Dans une société futuriste des Etats-Unis où le taux de natalité est au plus bas, des femmes sont arrachées à leur famille et séparées de leurs enfants pour être placées dans de riches familles infertiles. Sous cette république totalitaire de Giléad, fondée par des fanatiques religieux, ces femmes sont désormais interdites de tout travail, lecture, divertissement et compte en banque. Placées sous la surveillance austère de ‘Tantes’, elles n’ont plus de droits sauf celui de se taire et de mettre au monde des bébés (si possible en bonne santé, ce qui n’arrive pas si souvent).

Chaque mois, lors de la Cérémonie (qui n’est autre qu’un viol en bonne et due forme, ne jouons pas sur les mots), chaque Servante est forcée de concevoir un enfant avec son Commandant sous l’œil attentif et plein d’espoir de leur femme. Sans surprise, ces scènes qui ne sont ni plus ni moins que des rapports forcés sont cruelles et révoltantes.

 

La série

N’ayant pas encore lu l’oeuvre originale – il attend sagement son tour sur ma table de nuit – , je donnerai donc seulement mon avis sur la série, que j’ai trouvée époustouflante.

Dans une atmosphère oppressante et glaciale, on suit le quotidien de ces femmes en rouge fait de brimades, d’humiliations, voire de mutilations (ces passages m’ayant particulièrement choquée, bien que ces actes soient davantage suggérés que montrés). Telles de petits robots réduits au rang d’esclaves sexuelles, leur seul rôle est on ne peut plus simple : procréer, porter l’enfant et enfanter, un point c’est tout. Autrement dit, des utérus ambulants.

Épisode après épisode, on suit le destin peu enviable de Defred (June de son vrai nom), placée chez le Commandant Waterford et sa femme. Par l’intermédiaire de flashbacks réguliers qui viennent éclairer le spectateur, on découvre peu à peu ce qui a amené ces femmes et cette société à muter d’une telle façon, ce qui rend l’histoire jusqu’au dénouement particulièrement addictive. D’ailleurs, la première saison nous laisse vraiment sur notre faim : vivement la seconde !

Au delà d’un discours terrifiant qui rappelle – évidemment – celui d’Orwell dans 1984, cette série est superbe : la réalisation est extrêmement soignée, l’esthétisme beau et lumineux, et la chorégraphie délicate rouge, verte et blanche des protagonistes rend le tout agréable à regarder.

Avez-vous lu/vu cette oeuvre ? En avez-vous envie ?

Le gâteau aux noisettes de la rentrée {VGL}

J’attends toujours avec beaucoup d’impatience la saison des noisettes, pour plusieurs raisons qui ne tiennent qu’à moi : d’abord pour l’arrivée imminente de la rentrée, qui est une période un peu excitante et magique que j’aime beaucoup, mais aussi pour ces heures de cueillettes silencieuses avec le soleil dans le dos et l’esprit libre de vagabonder.

Il faut alors secouer l’arbre comme un prunier (le fait que ce soit un noisetier n’y change rien), afin qu’il délivre sur nos têtes sa pluie de trésors. Ou bien encore, manière tout aussi efficace, tendre d’une main la branche garnie tout en extirpant de l’autre les fruits mûrs à point dans leur corolle. Tout ceci en résistant à la tentation de grimper sur le toit, là où se trouvent les noisettes les plus belles et les plus dorées. Tout un programme, bien que s’improvise cueilleur de noisettes qui veut !

(Par ailleurs, je me suis toujours demandé d’où venaient ces grosses noisettes vendues au supermarché, qui ne ressemblent en rien aux petites perles délicates et hétérogène que l’on cueille dans nos contrées.)

Le jour de ma cueillette, il était encore un peu tôt pour la saison officielle puisque nous étions seulement à la mi-août, mais j’ai pourtant réussi à ramasser quelques beaux spécimen. J’ai décidé de les destiner à un gâteau à la saveur automnale, qui m’a fait penser à l’excellent gâteaux aux noix qu’on nous servait au dessert lorsque j’étais au lycée. C’était pour moi jour de fête quand il y en avait, car ce n’était pas très souvent, alors j’aurais pu mordre pour avoir la dernière part (JE PLAISANTE.)

(Quoique…)

 

Gâteau à la farine de petit épeautre et aux noisettes du Jardin

 

Pour un moule à manquer de 20 cm

  • 200g de noisettes (pesées avec leur coque)
  • 180g de farine de petit épeautre
  • 100g de sucre complet
  • 1 càc de bicarbonate de soude
  • 1 pincée de gros sel
  • 100ml de crème de soja
  • 2 càS d’huile d’olive
  • eau

Préparation

Éplucher les noisettes, et les mettre à torréfier quelques minutes dans une poêle sans matière grasse. On doit entendre des petits « plop » (c’est assez marrant). Mixer pas trop finement, et réserver.

Dans un saladier, mélanger tous les ingrédients secs : farine, poudre de noisettes, sucre, bicarbonate et sel.

Ajouter la crème de soja et l’huile en mélangeant entre chaque ajout, puis ajouter l’eau petit à petit jusqu’à obtenir une pâte fluide granuleuse (mais non liquide).

Verser dans un moule huilé et enfourner à 180°C pour environ 30 minutes, tout dépend de votre four.

Les petits pas

La sœur de ma maman, elle ne va pas très bien. C’est une histoire pas très drôle, de celles qu’on aimerait éviter d’entendre. Elle s’est mise à broyer du noir, ou à concasser du gris, selon les jours. C’est un peu comme basculer l’interrupteur du côté obscur, ou bien comme des petits cailloux dans une chaussure. Ça pique et ça gêne, ça fait perdre l’équilibre et on ne peut plus marcher droit. Alors on se raccroche aux petites choses, comme on peut.

L’autre jour on a décidé d’aller se promener au bord de la mer, parce que je ne connais rien de plus efficace qu’une balade au grand air pour chasser tous ses soucis – surtout en bord de mer. Il faisait beau ce jour-là, ce qui était assez rare à cette période, alors on s’est laissées chauffer la peau par le soleil. Il y avait du vent, aussi, et c’était comme si l’herbe chantait.

Et puis on a vu un champ très beau rempli de coquelicots comme des touches de peinture, et des potimarrons qui poussaient. On s’est arrêtées devant pour les contempler, parce qu’on était très étonnées de voir déjà des potimarrons, alors la vieille dame s’est approchée de nous avec sa canne. Oui elle a dit, ils pointent déjà le bout de leur nez. Elle a ajouté qu’il fallait replanter de nouvelles graines tous les ans, à cause de l’hybridation. J’ai noté tout cela dans ma tête, pour plus tard, dans le petit carnet virtuel de mon esprit. On a parlé de choses et d’autres pendant un petit moment, en savourant la connexion entre nous, comme si nous nous trouvions exactement là où il fallait. On lui a dit au revoir et on a continué notre chemin, trois silhouettes au bord de l’eau.

Il suffit de peu pour laisser, pendant quelques heures, ses cailloux au bord du chemin : un champ de potimarrons, une vieille dame qui raconte, du vent dans les cheveux et une limonade.

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