Pour qu’il reste quelque chose

Comme une suite logique à ma découverte précoce de la lecture, j’ai commencé à écrire très tôt : à neuf ans je gribouillais déjà dans un journal Diddle aux pages jaune criard. Et puis j’ai retrouvé d’autres vieux carnets aux pages noircies, cachées dans un tiroir sous mon lit. Je dois en posséder cinq ou six disséminés aux quatre coins de ma chambre, tous vestiges d’époques révolues, et sur lesquels je retombe de temps à autre. Me replonger dedans est toujours un moment réjouissant, inattendu et empreint de nostalgie, comme lors de sessions de tri durant lesquelles on retombe sur de vieilles photos.

Pendant de longues années j’ai écrit presque chaque jour avec ferveur, d’une précision parfois chirurgicale, les hauts faits et petits événements du quotidien. Comme un petit laboratoire intime visant à mieux me connaître, je souhaitais rendre compte de ma vie d’enfant, de collégienne, de lycéenne puis d’étudiante, pour mieux m’en souvenir. C’étaient parfois des pages entières, parfois juste quelques lignes et des dessins/collages, mais toujours sans soucis du style.

Je me suis rendue compte récemment, plusieurs années après, du témoignage précieux que constituaient ces carnets, alors que j’avais fatalement oublié la moitié des événements que j’y avais consignés. J’ai été heureuse de me les remémorer, comme gardienne d’un trésor inestimables fait d’enseignements et de traces du passé, et j’ai trouvé dommage d’avoir abandonné cette pratique. J’ai été prise d’une certaine tristesse à l’idée d’oublier ce que j’étais en train de vivre, alors même que c’était ce qui me construisait…

Je voulais, à nouveau, pouvoir me souvenir des détails qui m’avaient menée à devenir celle que j’étais. Revenir aux origines.

Les réseaux sociaux, couplés au manque de temps (et à la flemme, aussi, soyons honnête), ont participé d’une certaine façon à m’éloigner – voir à abandonner – cette écriture intime et personnelle : celle-là même qui ne cherche ni réaction ni approbation d’autrui, encore moins à faire le buzz. Ecrire pour soi, rien que pour soi, voilà que je ne le faisais plus en faveur de mots et de réflexions à chaud jetés sur les réseaux à la face du monde.

La semaine dernière j’ai ressenti à nouveau ce besoin urgent de (me) raconter, alors j’ai pris un stylo et ouvert un nouveau carnet. Première page, nouveau départ. Presque au même moment, comme un heureux hasard, Lison publiait justement cet article, dans lequel elle exposait ses motivations. Alors, finalement, pourquoi écrire ? Pour organiser ses pensées, oui, mais aussi… qu’il reste quelque chose de soi, qu’une trace subsiste.

Et toi, pourquoi (n’)écris-tu (pas/plus) ?